VÉTAULT, journaliste au Petit Journal, couvrait l’événement du premier challenge à Asnières et lança l’idée de constituer une fédération sportive des sociétés de Boule de Fort. Cette fédération devait, dans son esprit, remplir le même rôle que l’Union Vélocipédique de France. L’idée vient de l’extérieur, elle paraît donc suspecte aux sociétaires de l’Anjou. Un congrès des joueurs de boule a lieu à Angers et ne réunit seulement que 32 sociétés, essentiellement urbaines. Cette fédération séduit M. COINTREAU, le célèbre liquoriste qui, en grand amateur de Boule de Fort qu’il est, reprend l’idée à son compte. Les premiers statuts de la « Fédération des Sociétés de Joueurs de Boule de Fort » ont été signés le 13 juillet 1907. Son but était d’encourager et de développer le jeu de la Boule de Fort, de défendre les intérêts des sociétés, d’entretenir entre elles des relations amicales et de leur faciliter l’organisation de concours. Une vingtaine de sociétés de la région d’Angers sont adhérentes. La Fédération, cela a été écrit dans les lignes précédentes, s’est attachée à uniformiser les boules, les terrains et les règlements. Cela a sûrement été un travail de longue haleine car on ne change pas les habitudes ancrées dans la tradition pour se tourner vers de plus vastes horizons. C’est M. COINTREAU qui, en tant que donateur du challenge fédéral, assoit son autorité sur les décisions importantes à prendre.   

    En 1925 la Fédération devient « Fédération des joueurs de Boule de Fort de la région de l’Ouest ». Son but : défense des intérêts des sociétés et encouragement au jeu dit de la boule de Fort. Le Challenge COINTREAU est devenu le challenge de référence et de plus en plus de sociétés veulent engager leur équipe. Le nombre de sociétés qui adhèrent ne cesse d’augmenter dans des proportions considérables. Pour ne pas limiter les adhésions, il est apparu nécessaire de se démarquer de l’identité angevine et d’élargir le périmètre à l’ensemble de la région de l’ouest, pour que personne ne se sente écarté. Ainsi les sociétés de Touraine, du Maine et de Bretagne rentrent dans la Fédération. Sa principale activité est l’organisation du challenge COINTREAU, si bien que pour beaucoup, dans les esprits, elle est devenue la Fédération du Challenge Cointreau. Sous le régime de Vichy (en 1942), le Président déclare : « à la suite d’une nouvelle organisation sportive, le jeu de la Boule de Fort est désormais considéré comme un sport ». Les sociétés doivent avoir l’agrément du secrétariat d’état à l’éducation nationale et tous les membres doivent posséder une licence d’affiliation. Une seule fédération regroupe la boule lyonnaise, la boule de fort, la boule de bois et autres variétés de boule. La Préfecture de Maine et Loire recense toutes les sociétés. Mettre les sociétés sous une tutelle d’Etat est une gageure. 

    En 1945, c’est aussi la Libération dans les sociétés et la Fédération du Challenge Cointreau reprend ses droits. La Fédération compte alors plus de 300 sociétés (dont 35 à Angers). La fédération demeure sous la coupe de M. COINTREAU qui est le financeur exclusif. Son autorité va jusqu’à refuser le Président qui a été pressenti par le Conseil d’Administration, c’est lui qui impose son candidat, une personnalité qui n’est pourtant pas éligible. La maison COINTREAU s’est retirée en 1992 et dans le langage, La fédération COINTREAU est devenue fédération de l’ouest. Les derniers statuts ont été modifiés en 2000, et il est précisé que la « Fédération des Sociétés et Joueurs de Boule de Fort de la région de l’Ouest » a pour but d’encourager, de développer et de réglementer le jeu de Boule de Fort, de conseiller les sociétés, de les réunir, d’entretenir entre elles des relations amicales et d’organiser des concours fédéraux. Sa vocation depuis un siècle est de rassembler l’ensemble des sociétés afin que la Boule de Fort puisse parler d’une seule voix et que tous les joueurs poussent la même boule. Plusieurs projets ont été mis en chantier en matière de communication, en direction des services administratifs, en actualisant règlements et statuts, et en exerçant la tutelle de toutes les sociétés auprès des pouvoirs publics. C’est dans cet esprit fédérateur que l’initiative d’un règlement commun a été entreprise. Après plus d’un siècle de compétition, tous les joueurs peuvent enfin jouer à la boule de fort en respectant les mêmes règles qu’ils soient de Vouvray ou de Saint Nazaire ou bien de la Sarthe ou du Saumurois. La Fédération est maintenant adhérente à l’Association Européenne des Jeux et Sports Traditionnels. Toutes les cultures régionales se reflètent dans des activités locales à l’abri des pressions médiatiques, des intérêts individuels  ou des spéculations financières. 

    Conserver ces jeux traditionnels c’est aussi faire œuvre de sauvegarde de valeurs morales et sociales défigurées. Une petite région isolée ne peut pas se faire entendre par les grands groupes de pression. Regroupé dans une même association, il est plus facile de faire ouvrir la porte d’un ministère pour porter haut la reconnaissance des patrimoines régionaux. Chacun constate que le sport international, standardisé et médiatisé a induit des problèmes graves qui sont vivement remis en cause : doping, hooliganisme, hystérie collective, surenchère financière et chauvinisme. La question est posée de savoir si les jeux traditionnels et populaires ne pourraient pas être une des solutions, non seulement comme modérateurs, mais aussi comme initiateurs d’une nouvelle conception des relations sociales, de par leur ancrage local. La Boule de Fort se reconnaît pleinement à travers les jeux populaires et traditionnels européens pour affirmer que l’expression locale est universelle et que le global n’existe qu’en socialité concrète, régionale et populaire.