Des groupements d’amis

Les sociétés apparaissent dans les villes angevines à la fin du 18ème siècle, elles expriment une forme nouvelle de vie en groupe. Les sociétés sont crées alors par des notables puis se sont peu à peu étendues aux différents groupes sociaux et professionnels. Ce sont des associations d’hommes fermées sur elles-mêmes, existant dans le but de se retrouver entre amis de sont choix. Les membres des autres sociétés ne sont pas     admis et les femmes en sont exclues, ainsi le prouvent les extraits de quelques règlements intérieurs : « Aucun des sociétaires ne pourra se réunir à d’autres sociétés dans la commune faute par lui, il sera expulsé de droit » (1843 La grande Société,  Le Plessis Grammoire ) - « Toutes femmes ou enfants qui viendront chercher leur parent ou ami ne pourront rester dans la buvette plus d’une demi-heure sous peine de 25 centimes d’amende » (1833 société Pierre Lise à Angers).

Les règlements intérieurs sont une suite d’obligations et d’interdits, les contrevenants sont passible d’amendes dont les montants sont votés à chaque assemblée générale.

Ces groupements d’amis deviennent rapidement des communautés d’idées. Le clergé voit d’un mauvais œil ses paroissiens déserter les vêpres pour aller faire un tour à la société. Les idées républicaines y sont souvent débattues et approuvées. Le fonctionnement interne est très démocratique, c’est le Président, élu par les membres, qui détient le pouvoir, et non une autorité extérieure. Le clergé contraint certaines sociétés de son influence à rester fermées pendant les offices. D’autres sociétés revendiquent la laïcité. Les uns et les autres ne tardent pas à voir dans les sociétés un moyen de prolonger l’encadrement des loisirs commencé dans leur patronage d’enfants.

Des lieux de loisirs

Les hommes s’y retrouvent ensuite pour pratiquer différentes activités culturelles et de loisirs. Le premier local est une salle de réunion à laquelle une buvette puis une cave sont vite adjointes. Un concierge assure l’entretien des locaux et le service des consommations. Au 19ème siècle un jeu nouveau se développe : la Boule de Fort. Ce jeu devient une animation très répandu dans les sociétés. On joue aux boules en plein air entre deux jardins ou dans un coin de champ.

Les sociétés prospèrent et s’étendent dans la campagne. Il faudra attendre la fin du 19ème siècle pour voir se multiplier les jeux couverts. Les bâtiments ont, depuis cette époque gardés leur architecture caractéristique et leur situation géographique ce qui explique qu’il est souvent difficile de voir la société quand on se promène dans la rue. Le nombre de sociétés, essentiellement des sociétés de Boule de Fort, ne cesse de s’accroître pour atteindre le chiffre de 1000, réparties dans 287 communes, sur le département de Maine et Loire en 1900 ( on en compte alors 31 à Mazé, presque autant à Beaufort et à Saint Mathurin et 15 à Corné).

La Belle Époque marque l’apogée des sociétés mais la première guerre mondiale allait marquer un frein à cette croissance. Beaucoup de sociétaires sont mobilisés et certains bâtiments sont réquisitionnés, ceux qui restent ne peuvent assurer toutes les charges,  bien des propriétaires et membres influents meurent au front. Après la guerre, les successions sont difficiles, des sociétés sont mises en vente par les propriétaires privés et elles n’ont pas les moyens de se rendre acquéreur de leurs bâtiments. Le pouvoir d’achat est en augmentation et le prix du vin devient plus abordable. Il s’en suit une plus grande consommation de boisson, ce qui dégrade l’image des sociétés. Difficultés financières, vieillissement des membres, diminution des effectifs, mauvaise image : tout concorde pour mettre les sociétés en état de crise. Les trente années glorieuses qui ont suivi la Libération ont conduit à la recherche d’un confort individuel au détriment des regroupements sociaux. L’américanisation des loisirs inhibe les jeux traditionnels.

En 1970, le Maine et Loire ne compte plus que 350 sociétés. Un renouveau s’opère à partir de cette date. Les sociétés s’ouvrent aux « étrangers », aux femmes et aux enfants. De nombreuses compétitions fédérales sont organisées. Des commerçants, des artisans, des industriels, des notables dotent des concours. Plus qu’un loisir, la Boule de Fort devient une compétition. Un changement est amorcé, le développement des challenges dans le jeu de Boule de Fort à pris une place de plus en plus importante dans la vie des sociétés. L’esprit sportif est maintenant une valeur supplémentaire qu’il faut mettre à l’actif du sociétaire joueur de boule.

Des investissements importants ont été entrepris dans les locaux pour pouvoir accueillir les sociétaires et leurs invités dans de bonnes conditions de confort : mobilier, chauffage, sanitaire, isolation ventilation, revêtement, peinture, décoration, etc.

Pour payer ces charges il faut des recettes. Elles proviennent de la cotisation des membres, de la ventes des boissons, du tronc des parties de boule et parfois de subventions. C’est assurément la buvette qui assure le maximum des ressources, le montant des cotisations restant d’un coût très modeste (La recette de la buvette correspond en moyenne à 80% des produits de fonctionnement).

Des communes, ou des communautés de communes, on compris l’intérêt d’avoir un société sur leur territoire. Elles ont racheté ou construits des bâtiments qu’elles entretiennent. Ainsi, la vie sociale, qui accompagne maintenant la pratique de la Boule de Fort, reste un élément d’importance dans l’animation du village ou du quartier.

Pourquoi ce lien entre la société et le jeu de boule ? On peut très bien jouer à la boule en dehors d’une organisation sociale. L’originalité de la Boule de Fort tient autant de son environnement social que la curiosité de son jeu.

En 2004, le Maine et Loire compte encore 312 sociétés et il en existe 72 dans les départements limitrophes. La plus à l’Est est située à Blois dans le Loir et Cher, la plus à l’Ouest à Saint Nazaire en Bretagne, au Nord c’est le Mans dans le Maine et au Sud Vezins dans les Mauges.

 

Vous qui lisez ces quelques lignes et qui ne connaissez ni la pratique de la Boule de Fort, ni l’ambiance des Sociétés, allez donc faire un petit tour à l’Union, aux Amis Réunis, à La Prospérité ou bien encore à la Renaissance ou La Concorde. Présentez-vous, vous serez bien accueilli et vous aurez sans doute l’envie de devenir sociétaire. Pour être sociétaire il vous faudra trouver en principe 2 parrains avant d’être voté par l’assemblée générale.

 

Les mises en bouteille.

Il ne peut pas y avoir de rencontre dans une société sans que l’on boive un coup. Le bar est achalandé et on peut y trouver toute sortes de boissons. C’est le vin qui a le plus de succès mais on ne boit que du bon, il vient tout droit de chez le viticulteur. Il faut d’abord se déplacer pour goûter et apprécier le vin qui sera mis à la disposition des sociétaires. Le contenu arrive en vrac et la mise en bouteille se fait à la société. Ce cérémonial revêt un caractère liturgique car il ne faut pas que le consommateur puisse faire le moindre reproche. Des équipes sont formées pour faire les mises en bouteilles et se retrouvent périodiquement. Un sociétaire lave les bouteilles, un autre les remplies quand elles sont bien égouttées, un troisième est délégué au bouchage, le dernier range délicatement les bouteilles dans les casiers. De temps en temps on fait une pose pour se rendre compte de la qualité du produit. Une fois le travail terminé, on mange ensemble dans la salle avant de faire une partie de boule. Cela fait un après midi ou une soirée d’animation de plus à la société. Il n’est pas rare que les femmes soient participantes, sans doute pour préparer le repas !

Jeux de boules

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