Citations

Le premier écrit connu de nos jours et faisant état d’un jeu de boule dans la région date de 1660. Rue des Tanneries à Angers à proximité d’un jeu de paume entouré de jardins « dans l’un desquels jardins est un jeu de boule couvert d’ardoise, et un petit logement basty sous comble »

Emile JOULAIN cite un texte de FURETIERES  (1655) à propos du joueur de boule : « Il examine en elle le faible et le fort ».

Dans un dictionnaire ancien sur le jeu de boule en général, le même FURETIERE  en 1691 précise « Le fort de la boule est l’endroit où est le bois est le plus serré et, par conséquent, le plus lourd »

Les traces d’un bail signé en 1767, à Angers, font apparaître : « Même pourront faire des jeux de boule en remettant à la fin du bail les choses en même état »

Mythes et légendes

Pourquoi ce jeu ? D’ou provient-il ?

Certains affirment que ce sont les mariniers de la Loire qui auraient imaginer le jeu de la Boule de Fort en jouant avec des grosses billes dans le fond des gabares. Comment auraient-ils pu vaincre les obstacles formés par les nervures qui forment la charpente des bateaux ? Cette affirmation paraît difficilement crédible.

D’autres se plaisent à dire que les forçats de Jeanne de Laval, qui avaient été amené pour construire la Levée de la Loire, passaient leur temps libre à jouer dans les fossés avec leurs boulets. Cela voudrait alors dire qu’ils étaient libres de leur mouvement et qu’ils avaient tout loisir de s’évader. Cette hypothèse ne peut être que légendaire.

Sous le Premier Empire, des grognards espagnols, de fins maçons, auraient été enrôlés pour renforcer la Levée. Ils auraient amené avec eux des boules de bois avec lesquelles ils jouaient dans les cales des bateaux. Avec de l’imagination on peut effectivement penser que la coupe d’un jeu de boule de Fort ressemble à celle des bateaux à fond plat qui naviguaient à cette époque sur la Loire.

On trouve pourtant des jeux de boules apparentés à la Boule de Fort dans différentes régions de France et d’Europe mais qui ne sont pas riveraines d’un fleuve navigable : en Bretagne (La Boule de Morlaix), en Picardie (La Bourle) et en Angleterre (English bowls) pour ne citer que ceux là.

André FOUCAULT écrivain et historien  local aurait voulu trouver la clé de l’énigme : « Concernant l’incertitude qui demeure sur l’origine de la Boule de Fort, un souvenir me revient. J’ai fait allusion dans mon livre « l’Angevine », à des gaillards de Château-Gontier qui avaient parlé d’aller, en jouant aux boules, de Château- Gontier au Lion d’Angers (25 kilomètres) et qui avaient gagné leur pari. Or le pari a été réellement fait et gagné ; j’ai connu un des joueurs. L’affaire a du se passer avant 1850. A cette époque, les routes n’étaient pas bitumées, ni même lisses. Impossible d’imaginer que le jeu se soit poursuivi avec des Boules de Fort et ce devait être des boules rondes, moins rondes encore, il est vrai, que les joueurs eux-mêmes en arrivant au Lion d’Angers ! Et pourtant, à Château –Gontier le jeu de Boule de Fort, couvert et admirablement entretenu, est traditionnel et notamment au Cercle de Flore (Il n’existe plus de sociétés de Boule de Fort à Château Gontier. Il n’en reste plus qu’une seule en Mayenne : Les Amis Réunis de Bouère). Alors,… »

L’histoire vraie

Il faut bien admettre que, de tout temps, l’homme a pratiqué des jeux d’extérieur avec les objets qu’il avait sous la main. L’environnement du jeu était adapté au terrain et la règle coïncidait avec le tempérament des joueurs. C’est ce qui explique que les jeux traditionnels restent ancrés dans les patrimoines régionaux. Beaucoup d’exemples nous sont rapportés dès l’époque Romaine. Ce furent souvent de jeux de lancer avec des billes de bois plus ou moins rondes, des galets plus ou moins plats, des bouts de fer plus ou moins tordus. Suivant l’état du terrain on faisait rouler à la main ou à l’aide d’un bâton ou bien d’une ficelle, on lançait près d’un but à approcher, on tirait pour faire tomber une cible, etc. De là sont venus les jeux de boules, de palets, de quilles et d’autres encore qui se pratiquent aujourd’hui.

En 1900, dans les Mauges on ne jouait pas avec les mêmes boules que dans la vallée de la Loire et, dans le Baugeois, on utilisait des grosses boules en bois de gaïac (Le gaïac est un bois d’Amérique Centrale. D’autres types de boule sont également fait en bois de gaïac, dans d’autres régions.) dont le diamètre pouvait atteindre 20 cm et qui pesaient jusqu’à 6kg. Il existait encore 3 sociétés, en 1945, qui pratiquaient le jeu avec des boules de gaïac au Vieil Baugé. Toutes ces boules utilisées dans la grande région Angevine avaient néanmoins une forme particulière, elles n’étaient pas toute à fait sphériques et, pour les diriger il n’était pas possible de jouer sur un terrain plan. Ces boules étaient souvent des billes de roulement usagées qui provenait des moulins qui jalonnaient la Loire. Les billes de gaïac servaient de rotule dans la rotation des axes verticaux de grandes dimensions. Le terrain de jeu a sans doute été un chemin creux  avant d’être un coin de jardin aménagé, battu et roulé. Ce jeu de boule s’est développé ensuite là ou la qualité de la terre pouvait le permettre, souple et argileuse à la fois : c’est à dire en Vallée. Le premier challenge public de boule, les 16 et 17 juillet 1905 à Asnières, a montré qu’il n’était pas possible de jouer avec des boules aussi différentes les unes des autres. La Fédération a été fondée en 1907 dans le but de réglementer le jeu de la Boule de Fort. La forme de la boule et la nature de la piste se sont uniformisés petit à petit, en référence aux consignes fédérales, pour devenir ce que l’on connaît aujourd’hui.


Un brin de poésie

Sonnet

Par le bourg qui somnole – un dimanche d’été,
Autour du clocher gris, coiffé d’ardoise fine,
Le vieux joueur fidèle à la « boule angevine »,
S’achemine à pas lents, vers la « Société ».

Et le doux ciel d’Anjou blute sa volupté
Sur le vin qui mûrit au flanc de la colline ;
Entre les peupliers, la Maine se devine
Comme un pâle ruban sur les prés verts jeté…

Et le vieux retirant sa veste des dimanches,
Et sur des bras hâlés retroussant ses deux manches,
Prend sa « boule de fort » en buis cerclé de fer.

Lentement il la joue, et, sa pipe à la bouche,
Suit la courbe savante au sable rose et clair,
Tandis qu’elle s’en va droit au « maître » et s’y couche.


De Emile Jourlain. Recueil Rimiaux, 1974.

<[…]
Mon pauv’gâs, t’es trop court :
T’iras point au Concours !
Té arrière, t’es trop long :
T’es parti pour Brion !
En v’la y’ein, pus adrét’
Qu’est drét’ vis-à-vis l’maît’,
Et tout l’monde cri’ ben haut : »
Viv’le gangnant ! bravo ! bravo !
[…]

Petit abécédaire

Bauge : tiges de métal de différentes tailles permettant de mesurer la distance entre le maître et les boules en cas de doute lors de l’attribution des points.

Bauger : mesurer la distance entre le maître et deux ou plusieurs boules.

Camper : se placer pour jouer, non pas vers le centre de la piste, mais vers la gauche ou la droite.

Cormier : bois très dur qui était utilisé pour la fabrication des boules de fort.

Couvreur : joueur qui joue le premier dans son équipe. Syn. : rouleur, devancier.

Dérouille-boule : appareil permettant d’enlever les traces de rouille afin de garder ses boules toujours brillantes. Syn. Poli-boules.

Faire un bouc : à la boule de fort, faire coller sa boule contre le maître. Syn. : Arriver mort au maître, faire bibi gouline, faire un collant.

Fanny : (de l’anglais « fanny », « cul, fesses ». A la fin d’une partie, si les perdants n’ont pas marqué de points, ils se doivent de respecter la coutume qui consiste à « biser le cul de Fanny », représentation coquine d’une femme dévoilant ses fesses. Vue d’un mauvais œil par le clergé, Fanny a été cachée derrière un rideau. Elle était la seule femme autorisée au jeu de boule. On dit aussi « aller à Brion ».

Fort : côté le plus bombé et le plus lourd d’une boule de fort.

Fort en dedans : façon de tenir sa boule, le fort étant vers l’intérieur du jeu. Syn. : Fort bas.

Fort en dehors : façon de tenir sa boule, le fort étant vers l’extérieur du jeu. Syn. : Fort haut.

Maître : boule qu’on lance ou qu’on place le premier pour servir de but. (équivalent du cochonnet à la pétanque).

Malonner : (patois angevin) à la boule de fort, osciller en parlant de la boule arrivant en fin de course.

Rimiaux : poème ou conte rimé en parler angevin.

Rouleur : à la boule de fort, joueur qui joue le premier dans son équipe. Syn. : couvreur, devancier

Tireur : celui qui tire, c'est-à-dire qui lance sa boule en direction de celle de l’adversaire afin de la chasser.